Nous avons donc eu un premier contact avec Alain, début avril 2013. Randonneur naturiste débutant, il n'avait pas bénéficié du "savoir faire" des "vétérans" de la randonue. Il nous a paru sincère et nous avons rapidement compris que nous avions bien à faire à un naturiste réalisant une randonue dans un espace naturel isolé et non à un exhibitionniste.

Alain nous a rapidement fait confiance. Il nous a envoyé une copie de l’intégralité de son dossier pénal réalisé par la gendarmerie ainsi que l’expertise médicale. A la lecture de ces documents, nous avons effectivement constaté qu’aucune attitude obscène ou provocatrice n’avait été relevée à son encontre. D’ailleurs, seul un état de nudité y est mentionné et aucune plainte n’a été déposée. Nous considérons donc qu'il s'agissait "simplement" d'un excès de zèle des forces de l'ordre du à une interprétation très personnelle de la loi.

Le conseil d'administration de l'APNEL lui a donc proposé son soutien financier, juridique et moral. Dans un premier temps, ce soutien lui a permis de conserver la confiance et le courage nécessaires pour refuser "le marché de dupe du plaider coupable" que représente la CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité). Dans un second temps, le procès consécutif à son refus a pu servir de tribune et nous a permis de solliciter, dans le même temps, une QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité) pour interpeller le conseil constitutionnel sur l'imprécision flagrante de l'article 222-32 du Code Pénal et demander ensuite au législateur d'y apporter. Des clarifications qui nous semblent s’imposer.

Entre temps, Jean-Michel, l'un de nos adhérents, nous a proposé les services d'un avocat et ami, Maître Tewfik Bouzenoune. Nous les avons donc reçu à déjeuner, au siège de l'APNEL, afin de débattre de la stratégie à mettre en place et du montant des honoraires. De suite, Tewfik nous a "épater" par la qualité de ces convictions et par son professionnalisme. Nous l'avons également mis en contact avec Maître Frédéric Picard, l'un de nos amis naturistes, avocat et auteur du site "Droit et naturisme"

Il ne restait plus qu'à prendre contact avec les médias pour, au final, obtenir le soutien de l'opinion publique et organiser la venue, au tribunal de Périgueux, d'une délégation de l'APNEL. Aussi, pour pouvoir se regrouper et passer un week-end convivial et studieux, nous avons opté pour un hébergement de Périgueux au sein du bel espace naturiste de "Laulurie en Périgord" tenu par Francis et Yonnie, sympathiques propriétaires de ce centre de vacances.

Pour illustrer ce procès capital dans l'histoire du naturisme et des libertés, voici l'un des très nombreux articles publié le 2 juillet 2013 par Anne Lec’hvien, l'une des excellentes journalistes du journal Sud Ouest.

L’association pour la promotion du naturisme en liberté (Apnel) revendique une clarification de la loi en faveur du naturisme.

La nudité est un art de vivre. » Devant le tribunal correctionnel de Périgueux, une vingtaine de militants naturistes piétinent fièrement sous le soleil du début d’après-midi. Ils sont venus revendiquer leur pratique à l’occasion d’un procès peu commun : celui d’un professeur de 51 ans qui, en février dernier, a été aperçu nu dans une forêt de la Roche-Chalais. « Pratiquer la randonnée nu m’apporte une forme de bien-être, me permet de me ressourcer, de faire une coupure avec le quotidien », affirme le prévenu à la barre. Naturiste depuis trois ans, il n’avait « jamais imaginé » que son comportement puisse être assimilé à de l’exhibition sexuelle. C’est pourtant ce qui lui est reproché à cette audience dont les milieux naturistes se sont saisis pour revendiquer une clarification juridique.

« Vous avez un casier vierge », constate la présidente du tribunal. « Je n’ai d’ailleurs jamais été verbalisé », glisse en souriant le prévenu. Le 21 février, les gendarmes ont fouillé sa chambre, inspecté son ordinateur, avant de le placer en garde à vue. Il avait été aperçu la veille en tenue d’Adam, dans la nature, par une femme du voisinage qui avait relevé sa plaque d’immatriculation.

« Je cherche toujours des lieux très isolés », explique le prévenu, « des chemins bordés d’endroits où je peux me cacher très facilement. » Effectivement, cette fois-là, il saute dans les fourrés en entendant du bruit, se griffant les jambes. « Elle ne savait pas si c’était un homme ou une femme, ça aurait aussi bien pu être un animal », tonne son avocat, Tewfik Bouzenoune.

« L’exhibition sexuelle, c’est provoquer la pudeur d’un spectateur impuissant », poursuit-il. Selon l’avocat, l’isolement du lieu, la saison et la discrétion du prévenu ne cadrent pas avec la définition de l’exhibition sexuelle, stipulée dans l’article 222-32 du code pénal. D’une façon inhabituelle, le procureur Yves Squercioni va d’ailleurs dans le sens de ces arguments : « Je ne partage ni les pratiques ni la philosophie du prévenu, mais je dois reconnaître qu’à chaque fois, il a voulu se soustraire au regard. »

Un pas vers la relaxe, donc. Mais c’est le deuxième volet de ce procès à tiroir qui coince. En déposant une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), l’avocat du randonneur compte bien remettre en question la légalité de l’article 222-32. « On est dans l’arbitraire, affirme-t-il au sortir du tribunal. L’application de l’article dépend de si l’on est au-delà ou en-deçà d’une ligne Maginot de la pudeur ! »

À travers cette démarche juridique, l’Association pour la promotion du naturisme en liberté (APNEL) demande une clarification de la loi et, à terme, l’accès à de plus en plus de zones naturelles. Car quand ils croisent des « textiles », les naturistes disent pratiquer la tolérance.

Mais le procureur n’a pas suivi l’avocat sur cette question. Pour lui, « le texte [NDLR : sur l’exhibition] est clair » et ne nécessite pas de précision. La présidente du tribunal mettra finalement la décision en délibéré au 11 septembre prochain. Si la QPC est retenue, le procès sera suspendu. Si elle est rejetée, le cas du randonneur sera jugé. « C’est un peu gênant d’avoir ce glaive en permanence au-dessus de la tête », soupire Jacques Freeman, militant de l’APNEL.

Dimanche, à l’occasion de la « journée sans maillot », les militants ont randonné nus à côté de Périgueux. « Et nous n’avons rencontré personne. »

Et voici la vidéo de l'évènement :

Textes d'Anne Lec’hviende et de Jacques Freeman/ Photos de Bernard, Jacques, Joël et Vittorio / Vidéo de France 3