Quelques militantes Femen sont déjà là ainsi que des membres d'une autre association, les "topless". Rien n'a transpiré, pas l'ombre d'un képi ! 16h10, toutes les Femen sont arrivées. Sortie des pancartes et déshabillage. Je leur demande si je dois me mettre torse nu ? "Non, ce sera uniquement si nous sommes arrêtées. Et nous verrons ce qu'il font, si tu es torse nu, comme nous" ("le piège de la discrimination entre homme et femme", comme le dit Olivier).

16h15 c'est le départ… En 2 minutes nous sommes devant le Palais de Justice, mais les policiers, à l'intérieur, ont déjà refermé les grilles. Les Femen se disposent alors tout le long et lancent leurs slogans, d'autres s'accrochent aux grilles, voir les escaladent un peu…

Il faudra plus de 10 minutes pour voir arriver les premiers policiers. On sent qu'ils sont débordés. Ils essayent de créer un cordon entre les manifestantes et les badauds qui, nombreux, se sont arrêtés pour les regarder. Les Femen font face aux policiers. Leurs détermination est hallucinante. Elles brandissent leur pancarte, changent de position et crient leurs slogans.

16h30 On entend les sirènes de la police. Nous repartons vers le métro… Mais ils arrivent de plusieurs endroits, avec leur bouclier et essayent de canaliser les Femen qui se séparent en courant. C'est une course poursuite pour les attraper et les regrouper. Ca va durer plus de dix minutes. Moi, pendant ce temps, je prends des photos et répète les mêmes mots que les Femen. 16h45 Je vois qu'ils vont les emmener au poste. Alors, comme prévu, je me mets torse nu. Aussitôt une fille fait remarquer aux policiers que je suis comme elle. Je suis alors également saisi et mis au milieu du cercle de boucliers avec les "Femen"

Enfin arrive un plus grand. Le manège reprend. Pendant tout ce temps, je récupère des pancartes que je brandis. Dans la rue, le cordon de sécurité est maintenant à plus grande distance. Mais il y a toujours beaucoup de monde. Les touristes qui passent en car prennent des photos. Je dois dire que le responsable de la police surveille pour que cela se passe sans brutalité, même si les Femen ne se laissent pas faire.

Il est plus de 17h et nous partons en direction du commissariat de Maubert-Mutualité. Là, on nous prend nos affaires et déclinons notre identité. Je suis mis à part. Mais je les vois et nous échangeons des sourires et des signes de la main. Vers 19h30, ils nous relâchent, par petits groupes. C'est le procureur de la république qui décidera des poursuites (car la manifestation n'avait pas été déclarée). Cette rencontre fut une découverte. J'ai franchement été très impressionné par toutes ces jeunes femmes, leurs ardeurs, leurs courages. Cette volonté, cette hargne à défendre leur droit. Merci aux Femen pour ces moments passés en si bonne compagnie.

"La cause était juste…" écrit Bernard. Effectivement, même si le combat des Femen n'est pas celui de l'APNEL, l'association considère que, dans ce jugement à l'encontre des Femen, tout naturiste ne peut se satisfaire de l'usage abusif de l'article 222-32 du code pénal qui rend licencieux le naturel.

Article 222-32 du Code Pénal : "L'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende".

L'ambigüité de cet article qui ne définit pas ce qu'est précisément l'exhibition sexuelle est source de toutes les interprétations et de jugements erratiques. De plus, la liberté d'expression est constitutionnelle et ne souffre pas d'exceptions, tant qu'elle reste pacifique.

Et quand bien même, elles n'ont pas déclaré la manifestation comme la loi l'exige, leur demande, seins nus, aurait été très probablement refusée (comme l'on été, en France, toutes les demandes de manifestations cyclonudistes festives, militantes et pacifiques).

Et voici deux des vidéos concernant l’événement :

Textes de Bernard Gibert et de Jacques Freeman/ Photos de Bernard et du site des Femen/ Vidéos d'actualités du site des Femen