ACCUEIL | ACTUALITE | ASSOCIATION | FORUMS | LIENS

Forum de l'APNEL

Les forums pour échanger sur le naturisme en liberté

Vous n'êtes pas identifié(e).

#1 04-01-2017 15:59:51

jfreeman
Administrateur

Deborah de Robertis : NUE DEBOUT

Grande timide, l’artiste luxembourgeoise de 32 ans,
en procès pour exhibition sexuelle, se dénude dans les musées...


deborah_1.jpg



De l’effroi à l’ivresse, la nudité suscite généralement l’excès. Preuve en est de la vidéaste Deborah De Robertis qui s’est illustrée, ces dernières années, par une série de performances tapageuses. Ainsi, lors de l’accrochage de Bettina Rheims à la Maison européenne de la photographie, elle s’est aspergée de ketchup en combinaison moulante, reproduisant une photo de Monica Bellucci alanguie devant un plat de spaghettis. A l’exposition consacrée aux Barbies aux Arts-Déco, agacée par la plastique chimérique des jouets, elle s’est incrustée, vêtue en poupée poilue. En septembre, elle a donné vie à un tirage du photographe nippon Araki au musée Guimet à l’aide d’une pastèque dégoulinante posée entre ses cuisses. Bref, la performeuse se met à nu en reproduisant des tableaux où elle prend la place du modèle.


Bête noire des musées courroucés par ses frasques, celle-ci a écopé de multiples passages en garde à vue et d’un entretien d’évaluation psychiatrique particulièrement anxiogène. «Pour moi, la garde à vue fait partie de la performance. La psychiatrie, par contre, c’était pour m’intimider. Je me demandais si j’allais finir à Sainte-Anne», se souvient-elle. Certains n’ont pas goûté ses happenings, si bien qu’une visiteuse offusquée a fini par porter plainte, lui valant une comparution le 13 décembre devant le tribunal correctionnel pour «exhibition sexuelle». Le jugement, pour lequel elle encourt 2 000 euros d’amende, sera rendu le 1er février. En 2013, déjà, le Sud-Africain Steven Cohen avait eu l’affront de danser nu, un coq en laisse au bout du pénis devant la tour Eiffel : il avait été déclaré coupable mais dispensé de peine.

Installée entre la France, Bruxelles et le Luxembourg, l’artiste de 32 ans reçoit dans son petit studio du nord parisien, tout en noir, platform shoes aux pieds et anneau dans le nez. Dans un coin trône un DVD des Rêves dansants, documentaire en hommage à la chorégraphe Pina Bausch. Alors qu’elle s’expose crânement en public, paradoxalement, Deborah De Robertis garde jalousement sa vie privée dans l’ombre et préfère s’effacer derrière son travail. Intimidée par nos questions, elle s’étonne : «Ah c’est très intime en fait. C’est une première pour moi.» Elle lâche finalement du bout des lèvres quelques mots sur sa famille, qui n’a «pas tout de suite compris» ses activités mais refuse d’en dire trop à leur sujet. Au Luxembourg (petit pays «qui manque un peu de vie»), ses parents sont de la classe moyenne, le père italien et la mère française ont tous deux «beaucoup travaillé pour avoir ce qu’ils ont». A 16 ans, la lycéenne, qui dépérit à l’école, redouble et se cherche. «En fait, je voulais faire de l’art. A partir de ce moment-là, j’ai pu m’exprimer, trouver un sens à ma vie et tout réussir.» Intermittente précaire depuis peu, elle ne gagne pas encore sa vie. Alors qu’on craint de la tourmenter davantage, elle confie finalement aimer deux hommes en même temps (un artiste et un militant), être sensible à la prose de Christiane Taubira, au film Une sale histoire de Jean Eustache et aux Fragments de Marilyn Monroe qu’elle compte un jour adapter. Et les distractions, dans tout ça ? «Je ne fais que travailler, je ne sors pas», assure-t-elle, même si on a du mal à la croire.


En mai 2014, elle s’approprie pour la première fois une œuvre matricielle, l’Origine du monde de Gustave Courbet qui l’obsède depuis longtemps. Pénétrant sans autorisation au musée d’Orsay, elle mime devant la toile la pose du modèle, sans culotte. Elle raconte : «J’ai toujours su que j’allais le faire mais je ne savais pas quand. Au début, c’était difficile d’exposer mon sexe, puis c’est devenu moins personnel. Mon sexe est le sexe de toutes les femmes.» Alors qu’elle écarte les jambes devant un parterre ahuri d’invités et de touristes, elle est interceptée par une garde postée devant elle. «Je me disais, "tu vas vraiment le faire", je tremblais. Dès que j’ai enlevé ma veste, je me suis sentie à ma place, je n’avais plus peur, j’ai ressenti un calme. Pendant mes performances, il y a toujours un rapport de force, j’abandonne toute idée de maîtrise de la situation.»


Un mode opératoire bien rodé qui puise sa genèse dans sa formation à l’Ecole de recherche graphique de Bruxelles en installation performance pendant les années 2000. Pour son projet de deuxième année, Deborah De Robertis se fait embaucher dans un club de strip-tease où elle danse, sert du champagne aux clients et se fait filmer. Une expérience fondatrice pour sa pratique où elle observe les rapports de pouvoirs et la fabrique des stéréotypes. A l’école, la réaction du jury est épidermique, voire condescendante. «Je voulais répondre à la question "qu’est-ce qu’une femme objet ?" Moi, je ne me suis jamais sentie objet car j’ai donné mon point de vue.»


A Paris, elle s’installe en résidence à la Cité des arts, puis est hébergée chez des amis. «Tout ce que j’ai appris en sortant de l’école, je l’ai appris seule. Il a fallu que je me déconditionne des lectures érotiques de mon travail. Ce qui m’a sauvée, ce sont les questions esthétiques et plastiques. Ce sont les féministes qui m’ont donné une voix.» Les performances filmées, une mini-caméra fixée au front, sont minutieusement préparées avec des collaborateurs qui s’occupent du maquillage et des costumes. Elle préfère garder ses vidéos, dont une petite partie a été diffusée sur Internet, pour une future exposition.


Quoi de neuf, alors, par rapport à la radicalité des années 70, s’interroge à son sujet une jeune curatrice parisienne. Aux gestes rageurs de Pipilotti Rist ou à l’exploration corporelle d’Andrea Fraser, qui couchait avec un collectionneur ? Elle cherche ses mots. «Le propos a mis longtemps à s’affirmer», reconnaît-elle. Très jeune, elle demande à des photographes de la portraiturer : «J’ai très vite mis mon corps en jeu et ça a continué.» Le geste loin d’être anodin, indique sans doute un renversement du rapport au corps : «Je ne tire pas de plaisir à m’exposer mais cela m’apprend à accepter mon corps comme il est.» C’est, selon les mots de la philosophe Geneviève Fraisse, qui écrit sur la nudité politique et a suivi ses travaux, «un corps qui regarde». Ainsi, plus on se montre, mieux on voit. «La nudité est une planque, de là on peut comprendre énormément de choses», résume Deborah De Robertis. Ces performances prônant le caractère réversible du voyeurisme posent question : «Qui décide que l’art est de l’art ?» «Les institutions artistiques sont-elles là pour être perturbées ?» Deborah De Robertis répond en dénonçant, selon elle, l’hypocrisie et la censure des institutions, comme le musée d’Orsay qui, à l’occasion de ses 30 ans, proposait, dans une réclame racoleuse de «venir voir des nus». Ils en ont eu pour leur grade.


12 février 1984 Naissance à Luxembourg. 29 mai 2014 Performance devant l’Origine du monde.13 Décembre 2016 Comparution au tribunal pour exhibition sexuelle.


Source : http://next.liberation.fr/arts/2017/01/ … ut_1538684


Jacques FREEMAN du 91 (Essonne)
Vice Président, chargé de la communication
 


adh3.jpg

Hors ligne

Pied de page des forums

Propulsé par FluxBB 1.5.10