ACCUEIL | ACTUALITE | ASSOCIATION | FORUMS | LIENS

Forum de l'APNEL

Les forums pour échanger sur le naturisme en liberté

Vous n'êtes pas identifié(e).

#101 21-02-2019 22:57:18

jfreeman
Administrateur

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Dur de garder son calme sad


La condamnation pour exhibition sexuelle d’une militante a été confirmée en janvier par la Cour de cassation. Une censure de la nudité comme moyen de protestation contre l’emprise du droit, de la morale, de la société et de la religion sur le corps des femmes.


Le corps des Femen peut-il être politique ?


La Cour de cassation a condamné en janvier, pour la deuxième fois, une Femen pour exhibition sexuelle. Qu’on se le dise donc, les Femen sont des exhibitionnistes sexuelles ! Les juges estiment que le regard que l’on porte sur ces femmes ne peut être qu’un regard concupiscent et que, dès lors, l’activisme seins nus doit être prohibé. Cet interdit doit satisfaire les religieux qui exigent que les femmes se couvrent le corps de peur qu’il ne suscite le désir des hommes. Plus grave encore, c’est un mode d’action politique qui est condamné : dénoncer, par la nudité, l’emprise des hommes sur le corps des femmes, faire du corps une arme politique est interdit. Alors que plusieurs juridictions du fond (1) avaient tenté de neutraliser l’infraction en estimant que l’intention n’était pas sexuelle, la Cour refuse cet argument.


Les Femen sont des exhibitionnistes


Rappelons brièvement les deux affaires. La première portait sur un happening ayant eu lieu au musée Grévin, le 5 juin 2014, au cours duquel une militante s’était introduite dans l’établissement, salle des chefs d’Etat précisément, le haut du corps dévêtu laissant apparaître l’inscription «Kill Putin». Cette réfugiée politique ukrainienne faisait tomber la statue de Poutine dans laquelle elle plantait un pieu métallique partiellement peint en rouge, en déclarant «Fuck dictator». Elle est condamnée, logiquement, pour vandalisme («dégradation de biens appartenant à autrui»), mais également pour exhibition par le tribunal. La cour d’appel relaxe sur l’exhibition sexuelle, estimant que la Femen avait cherché avant tout à éveiller la conscience politique du public sur ce chef d’Etat. Le 10 janvier 2018, la Cour de cassation censure ce raisonnement : la poitrine nue dans un lieu ouvert au public est une exhibition sexuelle. Point. On se moque de l’intention.


La seconde affaire concerne l’action d’une autre Femen, française cette fois, seins nus dans l’église de la Madeleine (VIIIe arrondissement de Paris) au nom du droit à l’IVG. La cour d’appel de Paris ne s’intéresse pas au message politique, et se concentre sur la perception des témoins : «X a donc mis en scène une exhibition provocante de nature à offenser la pudeur publique et à blesser le sentiment moral de ceux qui ont pu en être les témoins, alors que ces derniers pouvaient légitimement s’attendre à ce que les personnes croisées dans un lieu de culte soient à tout le moins revêtues d’une tenue décente. X a d’ailleurs admis lors de l’audience qu’elle avait délibérément choisi ce lieu après des repérages, en raison de l’image forte qu’il suscitait et que des gens pouvaient se sentir directement concernés, visés, voire blessés par cette action.» On croirait lire la condamnation des Fleurs du mal. Le 9 janvier 2019, la Cour de cassation confirme : «Le fait pour une femme de dénuder volontairement sa poitrine dans une église qu’elle savait accessible aux regards du public, peu important les mobiles ayant, selon elle, inspiré son action, caractérise le délit d’exhibition sexuelle.»


Le délit est donc constitué. Qu’en est-il de la proportionnalité de l’ingérence dans la liberté d’expression ? Voici comment la Cour de cassation évacue l’argument : «La décision [de la cour d’appel] n’a pas apporté une atteinte excessive à la liberté d’expression de l’intéressée, laquelle doit se concilier avec le droit pour autrui, reconnu par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, de ne pas être troublé dans la pratique de sa religion, a justifié sa décision.»


Pour la Cour de cassation, l’exhibition du corps ne peut avoir manifestement qu’un objectif, un objectif sexuel. Ce qui condamne le mode d’action politique spécifique des Femen, en le considérant, en soi, comme une infraction pénale. Autrement dit, ce n’est rien moins qu’une jurisprudence de censure générale d’une forme de message politique partant du corps des femmes, et portant sur leur corps, mais pas seulement, comme le montre l’action au musée Grévin. C’est, encore une fois, une façon de traiter les femmes en mineures.


Une nudité à deux vitesses


Quand le délit d’outrage public à la pudeur existait encore (2), la cour d’appel de Douai avait jugé, le 28 septembre 1989, à propos d’un homme ayant sauté nu dans l’eau du port de Boulogne et nagé jusqu’à un navire britannique en partance pour l’Angleterre, repêché, puis arrêté par la police, que «la simple nudité d’un individu sans attitude provocante ou obscène ne suffit pas à constituer le délit d’outrage public à la pudeur».


Plus récemment, des jeunes gens entraînés par l’écrivain Arthur Dreyfus se sont livrés à une course totalement nus dans le jardin du Luxembourg en mars 2014. Ils n’ont pas été poursuivis, eux… Les Femen, qui défendent le droit des femmes à ne pas être considérées autrement que comme des objets sexuels, et ne dénudent que leurs seins, sont sanctionnées comme de vulgaires exhibitionnistes.


La nudité des hommes et des femmes serait-elle différente ? Si les hommes le peuvent en toute impunité, les femmes n’auraient-elles pas le droit d’utiliser la nudité de leur corps dans un but politique pour dénoncer l’emprise du droit, de la morale, de la société et de la religion sur leur corps ? Eh bien non.


Nudité politique contre nudité commerciale


Si l’on résume l’ensemble des tabous vestimentaires qui s’appliquent désormais aux femmes, on obtient ceci : elles doivent montrer leurs cheveux dans les écoles, elles ne peuvent pas se couvrir entièrement, elles peuvent porter un burkini à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) mais pas en Corse, elles ne peuvent pas non plus montrer leur poitrine dans un but politique, mais elles le peuvent s’il s’agit de faire de la publicité. N’est-ce pas précisément de cela qu’il s’agit ? Contenir sans arrêt et sous toutes formes, y compris contradictoires, le corps des femmes, lier leur corps au sexe, et le sexe au commerce pour mieux leur interdire l’accès au champ politique ?


Face à une Cour de cassation qui n’hésite pas à censurer purement et simplement le mode d’activisme choisi et théorisé par les Femen, il ne reste qu’à espérer persuader la cour d’appel de renvoi qui rejugera la jeune ukrainienne de résister. Dans ces affaires, on le sait depuis Tartuffe, la perversité est dans le regard.


(1) C’est ainsi que l’on désigne les tribunaux de première instance et les cours d’appel, qui jugent le fait et le droit. La Cour de cassation étant censée juger en droit pur.
(2) Il a été abrogé en 1994.


Thomas Perroud Professeur de droit public à Paris-II , Agnès Tricoire Avocate au barreau de Paris


Source : https://www.liberation.fr/debats/2019/0 … ue_1710360


Jacques FREEMAN du 91 (Essonne)
Vice Président, chargé de la communication
 


adh3.jpg

Hors ligne

Pied de page des forums

Propulsé par FluxBB 1.5.10